Bataillon de police militaire – en 1978 déjà!

“Une Suisse sans armée” n°32, hiver 1996, p. 14

C’est dans le contexte des tensions sociales des années 70 que naît le projet de constituer une force spéciale de maintien de l’ordre. Le climat est marqué nationalement par les manifestations anti-nucléaires; mais aussi localement par quelques violentes escarmouches: dans le Jura contre les autonomistes, ou à Genève contre les habitants des Grottes (en novembre 1978, 150 policiers évacuent les derniers résistants de ce quartier). C’est le Conseiller fédéral Kurt Furgler qui défendra ce projet baptisé Police fédérale de sécurité (PFS). Furgler se distingue dans l’histoire nationale par son respect de la vie… lorsqu’il s’agit de priver les femmes du droit d’avorter!

L’objectif des autorités fédérales est de disposer d’un corps de 1200 policiers équipés de blindés, de pistolets mitrailleurs, etc. Pour faire passer la pilule auprès du Parti socialiste le projet de PFS est placé sous le signe de la «lutte contre le terrorisme». La PFS passe comme une lettre à la poste auprès du Conseil des Etats: une seule opposition! Le Conseil national l’accepte très largement, seules vingt voix la refusent.

Le conseiller national socialiste Helmut Hubacher critique globalement le projet, mais conseille aux autorités fédérales de présenter un projet de police composé uniquement de policiers «anti-terroristes».

Rapidement un front du refus déterminé est constitué par la Ligue Marxiste Révolutionnaire (LMR), les Organisations progressistes et le Parti du Travail (PDT). Le referendum aboutit avec plus de 70 000 signatures. Avant la votation, la partie est loin d’être gagnée, l’USS (Union syndicale suisse) se prononce pour la liberté de vote.

Le Conseil fédéral reçoit un désaveu retentissant le 3 décembre 1978: le peuple refuse la PFS à une majorité de 56%. Le projet est enterré, mais bien entendu, pas l’idée de combattre l’ennemi intérieur. Le DMF se «vengera» un peu plus tard: le scénario de l’Exercice de défense général de 1980 prévoit d’interdire les partis politiques qui étaient à la tête de la contestation de la PFS: la LMR et le PDT.

Daniel KUNZI

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