Se réarmer ! Cette maxime semble actuellement être la seule réponse aux guerres de notre époque. La course effrénée à l’armement que nous connaissons actuellement nous coûtera cher à toutes et tous.
L’UE prévoit d’investir 800 milliards d’euros dans des projets d’armement au cours des quatre prochaines années. Les règles budgétaires existantes, qui visaient à empêcher le surendettement de certains pays, doivent être supprimées. En Allemagne, le chancelier Merz veut investir « sans limite » dans l’armement. « Whatever it takes » est le mot d’ordre de cet homme qui, avant son élection, qualifiait encore le frein à l’endettement d’intouchable. En France, en Autriche, en Espagne, en Pologne, dans les pays baltes, partout, des fonds qui semblaient encore inimaginables il y a peu sont débloqués. En Suisse aussi, les milieux militaires ne veulent pas laisser passer cette occasion. Des associations d’officiers réclament un plan d’investissement de 100 milliards de francs pour l’armée suisse. « Plus il y en a, mieux c’est », telle est la formule simple.
Assumer ses « responsabilités »
Le contexte est connu. Poutine a envahi l’Ukraine, les États-Unis ont à leur tête un président imprévisible qui met la moitié du monde à genoux. Il faut maintenant réagir à ces faits. Réagir signifie s’armer. Le terme « responsabilité » est souvent utilisé dans ce contexte. « Responsabilité » pour notre sécurité, pour les soldats, pour le peuple, pour l’avenir. Ce faisant, les fonds destinés à l’aide au développement sont supprimés au passage, et la lutte contre la catastrophe climatique devient une note en marge. Les affaires sociales, l’éducation, la recherche, tout doit désormais passer au second plan. Beaucoup de gens ressentent déjà concrètement le transfert des priorités en matière d’investissement. Les coupes budgétaires coûtent déjà des vies humaines, car les programmes d’aide sont réduits ou supprimés. Le terme « responsabilité » sonne cynique dans ce contexte.
Un cauchemar économique
On oublie souvent que la politique actuelle en matière d’armement n’aura pas seulement un effet à court terme sur nous. Au contraire, la folie des armements aura des répercussions pendant des décennies. Pourquoi ? Lorsque des fonds sont investis dans des biens et des services, cela génère des avantages indirects. Lorsque les trains transportent des personnes d’un endroit à un autre, cela leur permet d’aller travailler, de construire des maisons, d’offrir des services. Lorsque des panneaux solaires sont produits, ils génèrent de l’énergie que les gens utilisent pour cuisiner, se chauffer, utiliser leur ordinateur ou fabriquer des objets artisanaux – cela crée de la valeur ajoutée. Il en va tout autrement des biens d’armement. Une fois produit, un char d’assaut n’a pas pour but de créer de la valeur, mais de la détruire. Lorsque des maisons sont bombardées, des routes rendues impraticables, des paysages détruits, il en résulte toujours des coûts induits, jamais de la valeur ajoutée. Lorsque des armes sont utilisées contre des cibles humaines, elles détruisent des vies. Les équipements militaires mettent ainsi fin au cycle de la vie et à la boucle économique. Ils ne produisent rien de nouveau. Le transfert de ressources financières vers l’armement a donc pour conséquence, premièrement, qu’il y a moins d’argent disponible aujourd’hui pour des fins socialement utiles et, deuxièmement, que l’avenir est compromis. Les équipements militaires achetés aujourd’hui devront être entretenus et renouvelés à l’avenir. La course effrénée à l’armement fait donc peser un lourd fardeau sur les épaules des générations futures. On investit dans un avenir rempli d’armes, mais pauvre en humanité, en éducation et en équilibre social. Un monde qui dispose d’un potentiel encore plus grand pour détruire la vie. Ce monde est construit aujourd’hui, et ce sont nos enfants qui devront en supporter les conséquences. Et comme si cela ne suffisait pas, ces enfants subiront encore plus durement que nous les conséquences dramatiques de l’inaction en matière de protection du climat. C’est tout simplement irresponsable.
