« Ernesto Che Guevara fut assassiné à Higueras (Bolivie) par un fusil d’assaut suisse. Les Rangers boliviens avaient été équipés en 1966 par Sig-Schaffhouse, en vertu de l’accord Barrientos/Sig ratifié par le Conseil fédéral. (…) La farce de la pseudo-neutralité helvétique m’a toujours rempli d’un étonnement profond. Au parlement, je ne me lasse jamais d’écouter les interminables discours du président de la Confédération sur « l’interdépendance » et la « solidarité » entre les peuples. Ils ont l’irréalité poétique des mensonges par ignorance ou naïveté. Malheureusement, ces mensonges tuent. » Jean Ziegler, une Suisse au-dessus de tout soupçon.
De BDS Suisse
Dans le 18ème Brumaire de Louis Bonaparte, Karl Marx remarquait comment l’histoire se répète deux fois, la première comme tragédie et la deuxième comme farce.
Cette maxime très connue pourrait bien caractériser les relations plus récentes en matière d’armements entre la Suisse et Israël. Pour comprendre ce lien, il faut revenir à 2013, année charnière pour deux raisons opposées. En 2013 l’assemblée générale de l’ONU (Suisse comprise) adopte le traité sur le commerce des armes (TCA), traité qui engage les États, avant de procéder à tout commerce, d’évaluer le risque que les armes visées contribuent à la réalisation de crimes de guerre. La même année, le département de la défense suisse de Ueli Maurer signe avec son homonyme israélien Ehud Barak une déclaration d’intention qui pérennise et formalise le dialogue stratégique entre les deux armées. Ce document prévoit des groupes de travail annuels, des échanges entre délégations ainsi qu’une coopération technologique de fond.
Tout en arguant les bien-fondés de l’opération et sa cohérence vis-à-vis de la neutralité Suisse, la Confédération se lie structurellement à la machine de guerre israélienne, à un moment où le monde essaye (ne serait-ce que sur le papier) de se doter d’un instrument pour limiter l’ampleur des crimes de guerre. Ces belles intentions seront noyées, moins d’un an plus tard, dans l’«opération Bordure protectrice» et ses milliers de morts civils.
13 ans plus tard nous sommes en pleine farce, sans avoir rien perdu des éléments tragiques de ces relations. Entre le dernier trimestre de 2023 et le premier trimestre de 2024, c’est-à-dire au même moment où la CIJ qualifiait de plausible l’existence d’un génocide perpétré à Gaza, les exportations de biens suisses à double usage vers Israël passaient de 238’000 à 6 millions de francs. En plein génocide, la Suisse multiplie donc par 25 les bénéfices de son commerce de guerre.
Aujourd’hui, alors que les États membres des Nations Unies se rassemblent à Genève, du 24 au 28 août 2026, pour la 12ᵉ Conférence des Parties du TCA, le pays dépositaire des conventions éponymes est en train de discuter de l’affaiblissement de sa propre loi sur le matériel de guerre.
Pour des mouvements comme BDS et le GSsA, mais plus simplement du point de vue du droit international, le transfert de matériel militaire vers Israël ne relève pas simplement d’un débat politique : il est manifestement illégal. À la lumière des obligations découlant du TCA, un embargo militaire complet constitue une obligation juridique pour les États concernés.
À l’heure où la société civile et les mouvements syndicaux en Italie, en Grèce et en Espagne se livrent à des grèves et aux blocages physiques des containers remplis d’armes à destination d’Israël, alors que certains pays complices commencent timidement à prendre des mesures allant dans le sens d’une réduction de leurs exports de guerre, la Suisse entreprend le chemin inverse.
Dans les années 70, le regretté Jean Ziegler nous parlait des mensonges dites par ignorance ou naïveté. Aujourd’hui, après avoir assisté au premier génocide en live streaming de l’histoire, «ne pas savoir» n’est plus une option. La collusion entre Washington et Tel-Aviv dans la chaîne d’approvisionnement des armes est un fait documenté et pas une opinion.
En abolissant la clause de non-réexportation du matériel de guerre en direction des USA, la Confédération pourrait se retrouver demain encore plus complice du génocide en cours. L’aboutissement du référendum devient donc un impératif moral autant que politique.
Nous faisons donc appel à la population, faute de dirigeants à la hauteur, pour commencer à mettre des petits bâtons dans les roues de l’alliance meurtrière USA-Israël. Car, pour le dire une dernière fois avec Jean : «Les hommes qui la gouvernent [la Suisse ndr] (…) sont des technocrates de la plus belle espèce : intelligents, brillants, capables, disposant d’amitiés sûres dans toutes les chancelleries importantes du monde, négociateurs hors pair, mais dépourvus de toute velléité critique face à l’oligarchie impérialiste ou à la politique américaine.»
