Défendons le droit international!

La doctrine « Donroe » de Trump ne rendra sans doute pas les États-Unis plus grands. Mais elle peut détruire le droit international.

Quand Donald Trump se met en scène en James Monroe (5e président des États-Unis, 1817-1825) et prétend ressusciter la doctrine Monroe sous le nom de doctrine « Donroe », on repense à une remarque de Karl Marx en 1852: « Hegel remarque quelque part que tous les grands faits et personnages de l’histoire mondiale se produisent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter: la première fois comme tragédie, la seconde comme farce. »

De la doctrine Monroe à la doctrine « Donroe »

La doctrine Monroe, lancée en 1823 sous le slogan « L’Amérique aux Américains », a conduit en 1848 à la conquête de la moitié du territoire mexicain, avant de transformer ensuite l’Amérique latine en « arrière-cour ». À l’origine, il s’agissait de la stratégie d’un empire en ascension face à une puissance coloniale sur le déclin, l’Espagne. La doctrine « Donroe », elle, ressemble à un mélange de coup de force et d’acte de désespoir d’une « Amérique » en perte de vitesse face à des puissances (économiques et militaires) qui montent, comme la Chine, mais aussi l’Inde.

Les deux objectifs principaux de la doctrine « Donroe » sont clairs: renforcer la puissance américaine et détruire le droit international (dont font partie les droits humains). Quant à la stratégie pour y parvenir, il se pourrait que la question de la puissance tourne à la farce, tandis que celle du droit risque de finir en tragédie. L’enlèvement du président vénézuélien Maduro et de sa compagne en dit davantage sur la faiblesse du régime vénézuélien que sur la force des États-Unis. L’isolement de Maduro et de son parti se voit à la passivité de la population, y compris de ce qui reste de la base chaviste. Trump – du moins jusqu’ici – a renoncé à envahir le Venezuela. Il sait que la Colombie et le Mexique seraient beaucoup plus difficiles à contrôler. Même constat pour l’Iran. Malgré la crise profonde que traverse Cuba, attaquer La Havane serait encore plus risqué.

S’ajoute à cela que l’application de la doctrine « Donroe » en Amérique latine profite davantage à la Chine qu’elle ne lui nuit. Même les régimes d’extrême droite, comme l’Argentine de Milei, ne veulent pas – ou ne peuvent pas – renoncer à la coopération économique avec la puissance asiatique. Dans le plus grand pays d’Amérique latine, le Brésil, la doctrine « Donroe » a d’ailleurs échoué, aussi bien dans le conflit douanier que dans « l’affaire Bolsonaro », avant même d’avoir été proclamée.

L’annexion du Groenland affaiblirait fortement les États-Unis. Ce serait la fin de l’OTAN, un acquis majeur de l’impérialisme américain. Cela provoquerait une perte massive de prestige à l’échelle mondiale. Et sur le plan intérieur, cela ne ferait qu’accentuer la fracture aux États-Unis, y compris au sein du mouvement MAGA.

Des complices contre le droit international

La plus grande menace de la doctrine « Donroe », c’est la destruction du droit international – parce que les autres puissances y participent. Avec les seigneurs de guerre Poutine et Netanyahu, Trump tient deux complices rêvés. L’impérialisme chinois prétend que la menace sur Taïwan n’est pas une question de droit international. Quant à l’Union européenne, on ne peut pas compter sur elle: sa politique d’asile en Méditerranée et sa complicité passive avec le génocide israélien à Gaza en disent long. Et la Suisse? Elle ne reconnaît même pas – contrairement à certains États européens – le droit d’existence de l’État palestinien!

La réponse la plus importante à la doctrine « Donroe », c’est de défendre le droit international et les droits humains qui y sont liés. Pour être crédible, il faut considérer tous les peuples comme égaux en droits: le peuple palestinien comme le peuple ukrainien, le peuple groenlandais comme le peuple taïwanais.

S’agissant de la Suisse, une neutralité comprise de manière universaliste l’oblige plus que jamais à défendre le droit international et à renforcer l’ONU. Cela implique de renoncer aux affaires d’armement avec des États qui violent le droit international et bafouent systématiquement les droits humains. Cela implique aussi d’adhérer au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

Empêchons que l’affaiblissement du droit international tourne à la tragédie! Et faisons en sorte que la doctrine « Donroe » ne soit qu’une farce!