Deux ans de génocide à Gaza — l’inacceptable inaction de la Suisse

Cela fait maintenant deux ans que Gaza vit l’horreur : bombardements massifs, déplacements incessants, blocus, privations fondamentales. Les institutions internationales alertent, les ONG décrivent l’ampleur du désastre — et la Suisse ? Elle observe, mais rechigne à agir. Le moment est venu de pointer les responsabilités : le Conseil fédéral, mais aussi le Parlement suisse, notamment au travers des récents votes qui montrent une inaction choquante.

Lors de la session spéciale sur Gaza, le Parlement a refusé plusieurs points essentiels d’une motion socialiste exigeant des mesures concrètes contre le génocide. Parmi elles : la reprise des sanctions de l’Union européenne visant les colons israéliens violents, la suspension de l’accord de libre-échange avec Israël, la suspension de toute coopération militaire et la révocation des autorisations liées à la loi sur le matériel de guerre et aux biens à double usage. Les deux chambres du Parlement reconnaissent donc la catastrophe, mais refusent les moyens d’y mettre un terme, tout comme elles refusent de reconnaître l’État de Palestine.

Ignazio Cassis, en tant que chef de la diplomatie suisse, incarne cette hypocrisie institutionnelle. Multipliant les appels au respect du droit international, il refuse d’engager la Suisse sur la voie des sanctions. Cette posture transforme la « neutralité » en complicité : quand un peuple est massacré, ne rien faire revient à se tenir du côté du bourreau. La Suisse aime à se présenter comme gardienne des Conventions de Genève, mais en refusant d’appliquer les sanctions prévues par le droit international, elle trahit sa propre tradition.

Face à cette inaction, la rue se mobilise. À Genève, à Lausanne, à Berne, des milliers de personnes exigent des mesures contre Israël. Ces manifestations sont souvent réprimées, interdites, criminalisées. Pourtant, elles expriment une exigence claire : que la Suisse cesse de détourner le regard. Dans ce contexte, le contre-sommet Burning Bridges, organisé à Genève, et auquel le GSsA a participé, montre une autre voie. Là où les gouvernements construisent des murs de silence, des militant-es, chercheurs, chercheuses et artistes bâtissent des ponts de solidarité et de résistance. C’est le visage d’une autre Suisse, engagée, courageuse, solidaire, dont notre gouvernement devrait s’inspirer.

Il est urgent que le Parlement et le Conseil fédéral sortent de leur inertie. Cela signifie entre autres suspendre toute collaboration militaire avec Israël, par exemple via une résiliation totale des contrats conclus avec Elbit Systems, tristement célèbre entreprise d’armement israélienne dont la Suisse attend encore la livraison de ses drones. Ces mesures sont le minimum pour un pays qui se prétend attaché au droit international. Ne pas agir, c’est envoyer un message clair : le droit international pèse moins lourd que les rapports de force existants. 

Chaque jour d’inaction renforce les crimes, chaque vote négatif au Parlement est une approbation tacite du génocide. La neutralité ne peut pas être un prétexte pour regarder ailleurs. La Suisse doit choisir son camp et se poser aux côtés des droits humains et de la justice. Car nous n’aurons pas de paix sans justice.

L’histoire jugera l’inaction et la complicité de la Suisse. C’est maintenant, malgré le fait qu’il soit déjà trop tard, qu’il faut agir. Les manifestations et initiatives citoyennes sont claires : la population suisse n’est pas en accord avec la politique menée par le Parlement et le Conseil fédéral – c’est aujourd’hui à eux d’entendre ces voix.

Remarque : cet article a été rédigé avant le cessez-le-feu du 10 octobre. Il n’est pas certain que le cessez-le-feu soit toujours en vigueur au moment de la publication du journal du GSsA.