G8 en 2003, G7 en 2026

Une fois de plus, en mars, le président américain déclenche au Moyen-Orient une guerre d’agression illégale et plonge la région dans le chaos. Une fois de plus, un sommet du G7 se tient en juin à Évian. Une fois de plus, l’armée suisse est mobilisée pour assurer sa sécurité. Une fois de plus, des manifestations sont annoncées. Les parallèles entre 2003 et 2026 sont frappants. Mais un retour personnel permet aussi de mesurer ce qui a changé. ANDREAS WEIBEL

Au printemps 2003, j’ai reçu mon ordre de marche. Comme soldat des troupes de guerre électronique, j’ai été appelé à servir dans le cadre de l’engagement subsidiaire de l’armée pour la sécurité du sommet du G8 à Evian. J’ai appris plus tard que ma compagnie était chargée d’intercepter les communications radio des manifestant·es du côté français de la frontière. C’est ainsi que l’armée suisse a appris que des anarchistes italiens, depuis le Salève, au-dessus de Genève, informaient les manifestant·es à Annemasse sur les mouvements de la police française. Deux ans plus tôt, lors d’une manifestation contre le G8 à Gênes, un carabinier avait abattu le jeune Carlo Giuliani, 23 ans. Mes camarades de classe avaient été arrêtés en pleine nuit avec des centaines d’autres, détenus à la caserne de Bolzaneto, torturés et contraints de chanter des chants fascistes et antisémites : pour avoir osé protester contre une politique au service des seuls intérêts des puissants.

Guerre en Irak

En mars 2003, le président américain George W. Bush lançait la guerre en Irak, en violation du droit international. Un mois avant le début du conflit, des millions de personnes avaient participé à des manifestations pour la paix, surtout en Europe, mais aussi aux États-Unis et ailleurs. En Suisse aussi, de nombreux rassemblements avaient eu lieu : à Berne seulement, 50’000 personnes étaient descendues dans la rue. C’est dans ce contexte que le président Bush s’est rendu au sommet du G8 à Evian, aux côtés de son allié Tony Blair. L’Italie était représentée par Silvio Berlusconi, qui avait ramené les postfascistes au pouvoir, et la Russie par Vladimir Poutine, dont les troupes avaient commis de graves crimes de guerre en Tchétchénie. Environ 25’000 membres des forces de sécurité avaient été déployés pour le sommet, dont 5000 soldats suisses. Il était hors de question que j’en fasse partie. Je ne voulais pas jouer les auxiliaires pour protéger des criminels de guerre face à des manifestations pacifiques. J’ai donc refusé d’accomplir mon service militaire, avec beaucoup d’autres. Plutôt qu’en uniforme, j’ai passé le sommet du G8 dans les contre-manifestations à Lausanne.

La comparaison

Un peu plus de vingt ans plus tard, Donald Trump a pris la place de George W. Bush. Au lieu de l’Irak, c’est l’Iran qu’il a attaqué, et en Italie, les postfascistes sont de retour au pouvoir. Mais au-delà de ces parallèles évidents, quelles sont les différences avec 2003 ? Alors que la guerre en Irak avait été précédée de mois de préparation, durant lesquels le gouvernement américain tentait de rallier des alliés en s’appuyant sur des arguments de droit international dans le cadre de l’ONU, Trump balaie aujourd’hui toutes les règles à un rythme effréné. Il menace le Canada, annonce une invasion du Groenland, bombarde l’Iran, s’en prend au Venezuela. À elle seule, cette accélération vertigineuse rend presque impossible l’organisation de mobilisations concrètes. Autre différence majeure : les réseaux sociaux, absents en 2003. À l’époque, nous nous informions via Indymedia. Sans être véritablement mondial, il existait au moins un contre-public cohérent à l’échelle de l’Europe occidentale. Pour le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), un autre facteur a joué : la guerre en Irak est intervenue à un moment où aucune autre grande question de politique de sécurité ne dominait l’agenda en Suisse. En 2003, nous avons donc pu nous concentrer pleinement sur l’organisation et la coordination des protestations contre la guerre. Ce qui n’a pas changé, et ne changera pas : nous continuons de nous opposer à la militarisation croissante et à l’érosion du droit au niveau international, ainsi qu’à l’engagement de l’armée suisse contre des mouvements civils. Nous appelons donc à participer aux mobilisations contre le sommet du G7. 

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