La modification la plus lourde de conséquences de la nouvelle loi sur le service civil, soumise au vote le 14 juin, repose sur une logique simple : toute personne souhaitant passer au service civil devra accomplir au minimum 150 jours de service, quel que soit le nombre de jours restants. Concrètement, une personne à qui il ne reste que 10 jours de service militaire devrait, au lieu de 15 aujourd’hui, effectuer 150 jours dans le service civil. En clair : celles et ceux qui ne déclarent pas assez tôt leur objection de conscience, ou qui la formulent en cours de service, seront pénalisé·es. Et ce n’est qu’une des six mesures destinées à rendre le passage au service civil plus difficile. ELIA GERBER
Appelons les choses par leur nom : cette réforme n’a rien d’un ajustement technique. C’est un instrument de sanction. La droite bourgeoise ne supporte pas que de nombreux jeunes préfèrent accomplir un service plus long plutôt que de servir dans l’armée. Le Conseil fédéral s’attend à une baisse de 40 % des admissions au service civil. Pour les partis bourgeois, cela ne suffit pas : le démantèlement complet du service civil est déjà à l’ordre du jour.
Une stratégie bien connue
Cette révision marque une première attaque ciblée contre le service civil. Le Conseil national a déjà accepté une proposition visant à réintroduire l’examen de conscience. Un retour en arrière. Jusqu’en 2009, les personnes souhaitant effectuer un service civil devaient comparaître devant une commission chargée d’« évaluer » leur conscience. Une absurdité, déjà dénoncée à l’époque comme une pure mesure de dissuasion.
Le Parlement pousse également l’idée d’une « obligation de servir dans la sécurité ». Derrière ce terme se cache la fusion du service civil et de la protection civile. Une telle réforme entraînerait la disparition de nombreux domaines d’activité des civilistes.
Il ne s’agit donc pas d’un vote isolé. Le 14 juin, la Suisse se prononce sur un affaiblissement stratégique du service civil et sur une militarisation accrue de la société.
Le mythe du manque d’effectifs
Les partisans de la réforme affirment que l’armée manque de personnel et que la sécurité du pays est menacée.
Les faits racontent une autre histoire. Aujourd’hui, l’armée compte davantage de militaires que ce que la loi autorise. L’ordonnance sur l’organisation de l’armée fixe un plafond à 140’000 militaires. Or, selon le Département de la défense (le DDPS), l’effectif atteignait 146’718 personnes en 2025. L’armée dépasse donc les limites légales. Et malgré cela, on cherche à affaiblir le service civil pour encore augmenter ses effectifs.
Pourquoi cela nous concerne
Certain·es s’interrogent : pourquoi le service civil est-il si important pour le GSsA, alors que nous voulons abolir l’armée et l’obligation de servir ?
La réponse est simple. Aujourd’hui, le service civil est le seul moyen accessible d’échapper au service militaire sans s’exposer à des poursuites judiciaires. Il n’y a pas si longtemps, refuser de servir pour des raisons de conscience pouvait mener en prison. Entre 1968 et 1996, environ 12’000 personnes ont été incarcérées en Suisse pour cette raison, alors même que l’objection de conscience est reconnue comme un droit humain.
Cette réforme restreint ce droit. Elle affaiblit la liberté de conscience et dévalorise le rôle social du service civil.
Chaque personne qui choisit aujourd’hui de travailler dans un hôpital, une école ou un projet environnemental plutôt que dans l’armée, c’est une personne de moins au service de la machine militaire. Ce n’est pas un détail. C’est une forme concrète de démilitarisation, jour après jour.
Le 14 juin : non à la dissuasion, non à l’attaque contre la liberté de conscience
Nous voterons donc non. Non parce que le service civil incarne notre idéal. Mais parce que la liberté de conscience n’est pas négociable. Parce qu’il faut mettre un terme à cette stratégie d’érosion progressive. Et parce que nous pouvons, par notre vote, nous opposer à la militarisation croissante de la société.
