La face sombre des entreprises technologiques zurichoises

Une question traverse notre époque : à l’ère numérique, qui décide vraiment de ce qui est bien et de ce qui est mal ? Des géants de la tech comme Google et Amazon jouent un rôle dans les conflits actuels, mais celui-ci reste souvent dans l’ombre. Quelle responsabilité la Ville de Zurich doit-elle assumer, alors que Google y emploie 5000 personnes ?

Je suis assise à la table de la cuisine. La chaleur entre par la fenêtre ouverte et je réfléchis. Une question me poursuit depuis des années. Comment pouvons-nous distinguer si naturellement le « bien » du « mal » sans jamais nous demander qui définit ces deux notions ?

Prenons le projet Nimbus. L’État israélien verse 1,2 milliard de dollars à Google et Amazon pour des services de cloud. Or ces services sont utilisés dans la bande de Gaza pour la reconnaissance faciale, le suivi des déplacements et l’identification de cibles. Le ministère israélien de la Défense a lui-même affirmé que cette technologie contribuait « de manière significative à la victoire ». Mais qui a défini ce que cette « victoire » devait signifier ? Et qui a décidé que la population de Gaza représentait le « mal » ?

Cette distinction n’est ni culturelle ni religieuse. Elle est politique. Elle s’est construite pendant la guerre froide et les guerres par procuration. Elle repose sur l’idée que, pour combattre l’ennemi, il faut le déshumaniser. Ceux qui sont considérés comme les « bons » obtiennent la technologie. Ceux qui sont considérés comme les « méchants » la subissent comme une arme.

Google fait partie de ce système. L’entreprise a dépensé 45 millions de dollars pour une campagne affirmant qu’il y avait suffisamment de nourriture à Gaza. Dans le même temps, l’ONU et le monde entier parlaient de famine. Le Mossad a demandé à Google de censurer des images satellites, et l’entreprise s’est exécutée. Un groupe privé, un géant de la tech, accepte ainsi les instructions d’un service de renseignement étranger. C’est clairement prendre parti, alors qu’il ne devrait pas le faire.

Quel rapport avec Zurich ? Google emploie plus de 5000 personnes dans la ville. Aucune d’entre elles n’est coupable. Mais elles travaillent pour une entreprise qui prend ces décisions. La Ville ne peut pas résilier des contrats qu’elle n’a pas conclus. En revanche, en tant qu’autorité publique, elle peut affirmer clairement que les entreprises technologiques ne sont pas des acteurs neutres.

Et elle agit déjà. Le parti Alternative Linke  (Gauche alternative) a déposé au Conseil communal une motion qui a été adoptée. Elle demande à la Ville de mettre progressivement fin à sa collaboration avec des fournisseurs américains de cloud comme Microsoft. Ce choix n’est pas anodin. Le Cloud Act américain permet aux autorités des États-Unis d’accéder aux données, quel que soit leur lieu de stockage.

C’est ce même esprit qu’il faut aujourd’hui : regarder où se trouve le pouvoir et prendre des mesures concrètes. La Ville peut demander à ses caisses de pension de ne pas investir dans des entreprises qui fournissent des technologies de guerre génocidaires. Elle peut soutenir les membres du personnel qui refusent de participer à des projets militaires.

Vivre et travailler à Zurich ne devrait pas signifier participer à un système qui favorise indirectement les guerres. Ni à un système qui classe les êtres humains entre « bons » et « mauvais », même de manière insidieuse.

Vera Çelik

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