La sécurité, pour qui ? Dire non à la LFMG est un devoir féministe

La nouvelle loi sur le matériel de guerre (LFMG) est censée renforcer la sécurité de la Suisse. Mais qui définit ce que signifie la sécurité ? L’agenda Femmes, paix et sécurité apporte un autre éclairage. Il montre à quel point l’assouplissement de la LFMG est incompatible avec une conception féministe de la paix. 

Natalina Haller (Frieda)

L’agenda Femmes, paix et sécurité

La résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2000, est le fruit de décennies de mobilisation de la société civile. L’agenda FPS qui en découle est aujourd’hui une référence centrale de la politique féministe de paix.

Il défend une conception de la sécurité centrée sur les conséquences des conflits pour les populations, plutôt que sur les capacités militaires. Avec désormais dix résolutions et des plans de mise en œuvre dans 116 États, dont la Suisse, l’agenda FPS repose sur quatre piliers : prévention, protection, participation, ainsi qu’aide d’urgence et reconstruction.

1. Prévention

Prévenir les conflits, c’est renforcer les droits des femmes et les initiatives locales en faveur de la paix. C’est aussi combattre les causes structurelles de la violence. Une politique féministe de paix mise sur l’égalité, la justice de genre et la démilitarisation.

La nouvelle LFMG prend le chemin inverse. Elle renforce l’industrie de l’armement au nom de la sécurité nationale. Mais les armes ne s’attaquent pas aux causes des conflits. Elles favorisent leur escalade.

2. Protection

Quelque 676 millions de femmes et de filles vivent dans des régions en conflit. Les violences sexuelles, la faim, les attaques contre les infrastructures de santé et le manque d’accès à l’éducation les touchent particulièrement. Les armes de guerre sont aussi de plus en plus utilisées dans des zones habitées. Les obus non explosés continuent d’y menacer la population bien après la fin des combats.

L’agenda FPS engage les États à protéger les personnes touchées. Une politique qui facilite les exportations d’armes vers des régions en guerre va à l’encontre de cet engagement.

3. Participation

L’agenda FPS exige que les expériences des femmes contribuent à définir les priorités de la politique de paix. Les accords de paix sont plus durables lorsque les femmes participent aux négociations. À l’inverse, l’absence de prévention et de protection entrave leur participation aux décisions.

La révision de la LFMG a été adoptée dans un contexte dominé par une conception militaire de la sécurité et par les intérêts de l’industrie de l’armement. Les autres perspectives sont restées sous-représentées dans les débats parlementaires.

La nouvelle LFMG contrevient donc au principe de participation de l’agenda FPS. Non seulement par ses conséquences, mais déjà par le processus politique qui a conduit à son adoption.

4. Aide d’urgence & reconstruction  

L’aide d’urgence et la reconstruction doivent tenir compte des besoins des femmes et des filles. Elles doivent aussi renforcer les structures locales et prévenir de nouvelles violences.

Les exportations d’armes répondent au contraire à une logique de réarmement. Alors que les dépenses de l’armée doivent atteindre 1 % du produit intérieur brut d’ici 2032, dans le même temps, des fonds retirés à la coopération au développement sont réaffectés à l’aide humanitaire. Les moyens destinés au développement à long terme servent ainsi à gérer des crises qui ont déjà dégénéré.

Prendre au sérieux l’aide d’urgence et la reconstruction, c’est investir dans la prévention, la protection et le développement durable. Pas dans l’économie de guerre.

La paix ne naît pas des exportations d’armes

La révision de la LFMG sape la politique de sécurité à laquelle la Suisse s’est engagée dans le cadre de l’agenda FPS. La loi privilégie les intérêts militaires et économiques. La politique féministe de paix, elle, place la sécurité humaine au centre. Cela signifie prévenir et résoudre les conflits sans violence, réduire les inégalités et protéger les victimes de violences, en particulier les femmes et les filles.

La nouvelle LFMG est incompatible avec cette approche. Voter non est un devoir féministe.

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