L’armement et la rhétorique 

Impossible de passer à côté du réarmement qui s’opère de toutes parts. Impossible également de ne pas réaliser l’hypocrisie du camp bourgeois, qui mise sur des arguments dangereux et surtout fallacieux pour le justifier. Un bref passage en revue.

Les bouleversements géopolitiques de ces dernières années ont poussé la grande majorité des pays à se réarmer, de plus en plus rapidement et fortement. Bien évidemment, la Suisse n’est pas épargnée. Alors que la majorité des départements fédéraux voit ses budget revus à la baisse, que l’argent manque dans le développement international, dans le système de santé ou dans la lutte contre la crise climatique, une seule gagnante : l’armée. Son budget est gonflé à chaque opportunité sur proposition des camps bourgeois du Parlement. Dernière proposition en date, un crédit de 1,69 milliards, dont une immense majorité est allouée au programme d’armement. Les parlementaires de droite expliquent avec des étoiles dans les yeux que la Suisse pourra « enfin » acheter de nouveaux chars, de nouveaux équipements, et attendent impatiemment la livraison de l’avion de combat F-35. Leur rhétorique est si simple, qu’elle pourrait faire sourire si on ne parlait pas de guerre et de milliards de francs : « c’est la gauche et les pacifistes qui nous ont mis dans cette situation ». 

L’hôpital et la charité 

Dans un débat de la RTS en mars de cette année, Kevin Grangier – ancien président de l’UDC VD – disait regretter que le GSsA « qui n’a jamais gagné une seule votation » ait quasiment réussi sa mission, c’est-à-dire à supprimer l’armée. Avant d’ajouter que la Suisse  a été « angélique et s’est laissée bercer d’illusions ». Avec cette rhétorique alarmiste, il est clair que le discours a changé. Nous sommes enfermés dans une discussion qui se demande « à quelle hauteur devons-nous nous réarmer et de quelle manière », et il y a de moins en moins d’espace pour la seule véritable question à poser : « pourquoi devrions-nous nous réarmer ? » 

Réécrire l’histoire 

Avec ces éléments de langage, les belliqueux réécrivent doublement l’histoire. Premièrement, ils oublient que ce sont les horreurs des guerres du siècle dernier qui ont amené les pays à mettre un frein au réarmement. Ils oublient également que c’est la crainte de voir l’histoire se répéter qui a mené la communauté internationale à essayer de construire un ordre basé sur la coopération et l’échange, plutôt que sur la guerre et la destruction. Si le GSsA et les antimilitaristes se sont battus pour un désarmement, c’est car l’histoire l’exigeait et il s’agit-là de belles victoires et d’avancées sociales fortes et justes. Mais en plus de cela, la gauche n’a jamais été majoritaire, et le GSsA encore moins. Nous ne pouvons pas laisser les bourgeois réécrire l’histoire et faire passer nos réussites et nos luttes pour des menaces envers la population. 

Préparer la guerre, et surtout la guerre ancestrale à base de chars et d’artillerie diverse, c’est enterrer le peu d’espoir concernant une politique de paix internationale. C’est perdre espoir et courage face aux va-t’en guerre. C’est abandonner l’idée d’un futur pour des populations entières. C’est minimiser le poids du lobby de l’armement et de l’impérialisme qui sont les seuls vainqueurs des guerres. C’est oublier les centaines de milliers de victimes à Gaza, au Congo, en Ukraine ou encore au Soudan. C’est oublier l’histoire et verrouiller le futur.