Le trumpisme mondial

Donald Trump est citoyen américain, mais le trumpisme est un phénomène mondial. La résistance contre celui-ci doit donc l’être également.

Le trumpisme n’est pas uniquement le populisme de droite avec un ton plus acerbe, des mensonges plus flagrants, des méthodes plus autoritaires, des enjeux plus élevés et des interventions plus radicales contre des ennemis intérieurs et extérieurs. Il n’est pas non plus un fascisme qui veut complètement éliminer la démocratie et exercer son pouvoir avec de la violence venant de son parti et de la violence étatique quotidienne, des camps de concentration ou des guerres sans fin. Le trumpisme est un phénomène qui se situe entre ces deux pôles.

Logique de “race supérieure”

Ce qui lie le trumpisme au fascisme et au populisme de droite est la logique d’une “race supérieure”. Au cœur du trumpisme états-unien, on retrouve des hommes blancs qui se révoltent contre la perte de leur “supériorité ancestrale”. Ce sentiment peut être particulièrement tentant pour des personnes qui ont tout perdu sauf leur fierté nationale. Cela explique comment des personnes de la classe ouvrière et des personnes au chômage, laissées de côté par le néolibéralisme, peuvent se retrouver à élire un parti qui est centré autour des intérêts d’un milliardaire.

Un autre élément de la logique de “race supérieure” est la haine semée contre les minorités, notamment les personnes migrantes, les féministes et la communauté queer. Ce radicalisme verbal mènera probablement rapidement à des actes de violence et des excès de violence. L’ultranationalisme, la xénophobie, le racisme, l’islamophobie, le sexisme et l’antisémitisme sont autant de points communs entre la plupart des populismes, des fascismes et le trumpisme.

Entre populisme et fascisme

Le trumpisme permet l’organisation d’élections, ce qui le différencie du fascisme. Mais il ne reconnaît les résultats que s’ils lui conviennent, ce qui le distingue du populisme de droite. Si Trump était seulement un populiste, il n’aurait pas incité la foule à se lancer à l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. S’il était un fasciste, tout cela aurait été organisé de façon plus systématique et il aurait fait partie de la foule, comme Mussolini lors de la marche sur Rome. 

Le trumpisme n’abolit pas la séparation des pouvoirs, mais essaie de la saper là où c’est utile pour lui. Il essaie par ailleurs de plier les différents pouvoirs à ses désirs, chose qu’il a réussi à faire durablement avec la Cour suprême. L’affaiblissement de ce troisième pouvoir étatique accompagne une approche très irrespectueuse de l’Etat de droit. 

Le trumpisme n’interdit pas les médias critiques, mais construit une bulle de haine et de harcèlement avec l’aide de milliardaires de la tech. Cette bulle contient plus de followers que les médias ont de lecteur·ices. Par ailleurs, d’autres milliardaires de la tech font en sorte que des journaux libéraux comme le Los Angeles Times ou le Washington Post soient disciplinés.

Le trumpisme mise systématiquement sur la dissémination de fake news dont le nombre dépasse celui du populisme habituel. Le trumpisme se différencie cependant du fascisme en ce qu’il ne fait pas de propagande d’Etat, mais une propagande basée sur des capitaux privés d’extrême droite.

La loi du plus fort contre la force de la loi

Le trumpisme n’interdit pas les syndicats ou les partis de gauche, mais il utilisera chaque occasion pour leur mettre des bâtons dans les roues, sur le plan juridique et financier. Il est encore incertain dans quelle mesure il mettra sa menace de combattre l’”ennemi intérieur” avec des moyens militaires.

Le trumpisme n’est pas synonyme de guerre éternelle comme le serait le fascisme. Il est pourtant synonyme de menaces constantes, ce qui pousse à la militarisation de tout ce qui est politique. Il préfèrera donc la loi du plus fort à une paix juste, en Ukraine ou en Israël et en Palestine.

L’un des thèmes centraux du trumpisme est le changement climatique. Pour certaines personnes, cela signifie une absence de discours, pour d’autre “uniquement” une absence d’actes. Trump cible délibérément des personnes ordinaires qui ne peuvent s’imaginer leur quotidien sans pétrole ou gaz. 

Comme le populisme et le fascisme, le trumpisme est antiuniversel et antihumaniste. Il est plus offensif que le populisme, mais moins agressif que le fascisme. Tous les courants d’extrême droite ont toutefois une chose en commun : une aversion contre la trinité kantienne des droits humains, du droit international et de l’ONU. Trump et son armée ainsi que Musk et ses milliards célèbrent l’irrespect des règles internationales et des acquis civilisationnels.