Le vote du budget militaire au Parlement

En cette fin d’été, le parlement suisse a voté le budget militaire du DDPS d’un montant de 1,7 milliard. Sans opposition au Conseil des Etats.

Le ton était donné au Conseil national[1] par la députée du groupe libéral-radical Jacqueline de Quattro:  «Cette semaine encore, le chef d’Armasuisse M. Loher a affirmé que les munitions dont dispose la Suisse ne lui permettraient de tenir qu’un seul jour dans une situation comparable à l’Ukraine. En effet, les meilleurs systèmes du monde sans munitions ne servent à rien. C’est la raison pour laquelle votre commission propose d’investir 1 milliard de francs supplémentaires dans l’acquisition de munitions, j’y reviendrai ». C’est un concert de voix de droite qui va s’évertuer à justifier ces dépenses. En chef d’orchestre, le conseiller fédéral, Martin Pfister, n’aura aucune difficulté à convaincre l’Assemblée nationale.

Le socialiste jurassien Pierre-Alain Fridez est intervenu, avec une pointe d’ironie, pour parler de menaces concrètes : « (…) au début de votre exposé, vous avez exprimé que M. Poutine réarmait grandement son pays, et que, potentiellement, il pouvait avoir envie d’envahir la Suisse. Pensez-vous clairement que les chars russes arriveront en Suisse ? Surtout, pensez-vous, comme nos collègues du groupe UDC, qu’il serait utile, nécessaire et intelligent de réactiver le réduit national ? ».

Pour les Verts, Balthasar Glättli prend la parole : « La guerre contre Poutine se déroule en Ukraine, et non dans les arsenaux suisses. Quiconque suit le débat en Suisse pourrait parfois le penser. Tels des moutons, les responsables des politiques de sécurité, ici comme à l’étranger, en Europe, courent tous dans la même direction : réarmement, réarmement, réarmement. Quiconque critique aujourd’hui ce réarmement national désordonné est rapidement taxé de naïveté. Après tout, c’est la guerre. Oui, c’est la guerre. C’est une guerre terrible. Mais c’est une guerre en Ukraine. La probabilité que les Russes soient sur le Rhin avec des chars n’est pas plus élevée aujourd’hui, mais plus faible qu’elle ne l’était en 2022 ».

Le socialiste Pierre-Alain Fridez va intervenir sept fois contre le conseiller fédéral chef du DDPS qui lui répondra autant de fois.

Et pourtant alors que le Vert Balthasar Glättli rejettera le paquet de l’armée, Pierre-Alain Fridez l’acceptera.

Plus curieux encore le court débat au Conseil des Etats[2]. Une socialiste du canton de Soleure, Franziska Roth, prend la parole, elle est l’auteure du rapport de minorité : « (…) Je propose que vous annuliez les dépenses de 850 millions de francs suisses pour un système d’artillerie à roues et de 255 millions de francs suisses pour la réparation des chars de combat principaux Leopard. Je ne comprends pas comment vous comptez regagner la confiance brisée du public envers le DDPS et les dirigeants de l’armée si nous persistons à insister obstinément pour dépenser le plus d’argent là où la menace est manifestement la plus faible, ignorant ainsi la révolution sur le champ de bataille ». Et elle ajoute en conclusion : « Je vous demande donc de soutenir ma minorité et de rejeter la proposition non finançable de la majorité, qui gaspillerait des milliards ».

Invité à notre dernière assemblée nationale du GsSA à Soleure, Fabien Fivaz n’est pas intervenu lors des débats. Il nous avait exhorté à nous mobiliser, car expliqua-t-il , la gauche étant minoritaire au Conseil des Etats : il faudra descendre dans la rue.

Fabien Fivaz, comme Franziska Roth, ont voté les 1,7 milliard du budget militaire. Aucune opposition au Conseil des Etats. Au Conseil national, 23 non 166 oui au programme d’armement.

Fin septembre, à Genève, des députés de gauche ont présenté une résolution au Parlement cantonal. Elle demandait : à « l’Assemblée fédérale – de renoncer à l’achat des avions de chasse F-35 par la résiliation du contrat de vente avec la société Lockheed Martin ; – de mettre en place une commission parlementaire chargée d’examiner la problématique du processus d’acquisition des F-35 et de proposer des alternatives plus adaptées aux missions de l’armée de l’air suisse, invite le Conseil d’Etat à soutenir cette initiative cantonale ».

Alors que les deux tiers des citoyens genevois ont refusé l’achat des avions de combat, le Parlement a rejeté cette revendication.

On vous disait bien que l’armée est une vache sacrée, avec ou sans les démissions de Viola Amherd, du chef de l’armée Thomas Süssli, comme de Christian Dussey, chef des services de renseignement, etc.


[1] Conseil national https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-verhandlungen?SubjectId=68017

[2] Conseil des Etats https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-verhandlungen?SubjectId=69089