Lors de la dernière session d’hiver, Swissmem a mené avec succès une campagne de lobbying en faveur d’un assouplissement de la loi fédérale sur le matériel de guerre (LFMG), contre lequel le GSsA a lancé un référendum. Ce texte réfute les principaux arguments en faveur de la nouvelle loi sur le matériel de guerre. CHARLINE MAIRE
« L’industrie de l’armement est au bord du gouffre ».
C’est tout simplement faux. En 2025, l’industrie de l’armement a manqué de peu une année record, car elle n’a pas pu dépasser les chiffres de 2022, année où la Russie a attaqué l’Ukraine. La Suisse a exporté pour 948,2 millions de CHF de matériel de guerre. Ces exportations ont encore eu lieu sous l’ancien régime de la LFMG, ce qui signifie que le SECO devait autoriser toutes les exportations, empêcher les livraisons vers des pays bellicistes et que les réexportations étaient également interdites. Ces chiffres ont néanmoins été atteints.
« Les PME devront supprimer des emplois ».
Les leaders des exportations suisses de matériel de guerre ne sont pas des PME, mais de grands groupes, dont la plupart sont d’ailleurs détenus par des capitaux étrangers. Parmi ces entreprises figurent Rheinmetall, Mowag, Ruag et SwissP Defense. Les PME suivent loin derrière, ce qui s’explique par le fait qu’elles sont plutôt spécialisées dans des biens militaires spécifiques ou à double usage.
Le vote de novembre ne porte toutefois que sur la loi sur le matériel de guerre, qui concerne donc en premier lieu les grandes entreprises d’armement, et non les PME.
« L’industrie de l’armement est indispensable à la prospérité de la Suisse. Si la nouvelle loi était rejetée, des emplois devraient être supprimés. »
Même si l’industrie de l’armement est en plein essor, elle ne représente qu’une part négligeable des exportations totales de la Suisse, à savoir 0,21 % en 2025. Ce chiffre est comparable à celui des exportations de chocolat. Seulement, l’industrie chocolatière ne se vante pas de garantir la prospérité de la Suisse.
L’argument selon lequel des emplois devraient être supprimés surprend au vu de la hausse des chiffres des exportations. Après tout, le référendum sur le matériel de guerre vise uniquement à préserver le statu quo, et non à restreindre davantage les exportations. Il n’y aurait donc en réalité aucune raison de procéder à des licenciements.
On a toutefois appris que Rheinmetall avait doublé ses effectifs sur le site d’Oerlikon au cours de l’année 2025, c’est-à-dire pendant la campagne de lobbying menée par Swissmem au Parlement. C’est précisément la menace de suppression de ces postes que Swissmem et Rheinmetall vont agiter pendant la campagne référendaire. Cette stratégie consistant à embaucher des travailleurs·euses pour pouvoir ensuite menacer de les licencier témoigne d’un mépris total envers les salarié·e·s et leurs moyens de subsistance.
« Il faut renforcer l’industrie suisse de l’armement afin de garantir l’équipement de l’armée en matériel de guerre et, par là même, la sécurité de la Suisse. »
Premièrement, l’armement de l’armée n’est assuré que partiellement par des entreprises d’armement suisses. Ainsi, les F/A-18 ont par exemple été produits par McDonnell Douglas et Boeing, et les F-35 déjà commandés seront livrés, dans un avenir imprévisible, par Lockheed Martin, deux entreprises américaines. À l’exception de Ruag, les entreprises « suisses » appartiennent depuis longtemps à des groupes étrangers : Mowag, qui fabrique des chars pour l’armée, appartient au groupe américain General Dynamics ; SwissP, fabricant de munitions, appartient à l’italien Beretta.
Des questions fondamentales se posent également en matière de sécurité. Swissmem écrit que la nouvelle loi simplifierait avant tout les livraisons vers les pays de l’annexe 2, qui sont déjà les principaux acheteurs. Mais alors pourquoi les commandes augmenteraient-elles ? C’est pour cela que l’interdiction de réexportation a été levée, afin que chaque pays puisse revendre les armes à sa guise. L’objectif est que les armes suisses soient utilisées directement là où elles ont été conçues pour l’être : dans les guerres et sous des régimes répressifs. La demande augmenterait donc.
Ainsi, si cette loi était adoptée, l’industrie suisse serait encore davantage complice de crimes et de violations des droits humains. De plus, l’industrie de l’armement contribuerait encore davantage à l’insécurité internationale, qui n’épargnera pas la Suisse. Non seulement Swissmem s’en moque, mais elle affirme sans détour pouvoir garantir la sécurité de la Suisse grâce à l’armée, alors que le monde est en proie à des conflits armés.
Conclusion : l’argumentation de Swissmem regorge de contradictions, voire de fausses déclarations et d’informations trompeuses. C’est à nous de ramener le débat sur le terrain des faits afin de remporter le référendum.
Charline Maire
