Le Service spécialisé Femmes dans l’Armée et Diversité (FdAD) a récemment publié une étude aux résultats choquants. La violence fondée sur le genre et les discriminations seraient monnaie courante dans l’armée, mais plus encore, elles feraient partie intégrante de la culture de l’organisation. En effet, environ la moitié des personnes interrogées auraient déjà vécu de la violence sexuelle.
Depuis 1995, donc depuis 30 ans, les femmes sont les égales des hommes dans le service militaire, dixit l’armée. Or, c’est seulement fin octobre 2024 que la première étude sur les discriminations et les violence sexuelles fondées sur le genre et l’orientation dans l’armée a été publiée. Et ce bien que la Suisse ait ratifié la CEDAW[1] en 1997 et la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence basée sur le genre ! Cela ne ressemble pas vraiment à de la prévention en amont de ces actes de violence.
Les normes rigides de la masculinité hétéronormative, maintenues par les forces armées cimentent un idéal (homme, blanc, cis-genre, pas en situation de handicap), qui relèguent au second plan toute personne qui ne correspond pas à cette norme. Dans une institution foncièrement patriarcale et empreinte de machisme, dans laquelle la culture maintient une dynamique de groupe toxique, il n’est pas surprenant d’apprendre que les discriminations fondées sur le genre et les violences sexuelles sont très répandues.
Malgré cela, le Parlement a adopté une forte augmentation du budget de l’armée durant la session d’hiver. Or, aucun centime ne sera investi dans la lutte contre ces formes de violence. Et le quota de femmes de 10 % visé à l’horizon 2030[2], n’est pas non plus remis en cause. Ironiquement, le Parlement a même coupé des moyens pour le soutien des victimes de violences sexuelles au profit de l’augmentation du budget de l’armée.
Les problèmes structurels de l’armée notamment concernant les discriminations et les violences basées sur le genre continuent à constituer un terreau fertile pour les violences. Ils permettent et reproduisent les discriminations envers les minorités. La normalisation d’un langage misogyne provenant de l’objectification sexuelle du corps des femmes et d’un puissant processus de normalisation de la violence, éléments mis en exergue par l’étude, constituent un cas d’école de la culture du viol. Compte tenu de ces circonstances, comment peut-on croire que l’armée peut remplir son mandat principal, c’est-à-dire la protection de la population, si elle n’est même pas capable de protéger son propre personnel ?
