Les répercussions de l’instabilité politique sur la protection de l’environnement

Ceci est la suite d’un article de presse paru dans le journal n° 142.

1.   L’Ethiopie

L’Ethiopie se situe sur la corne de l’Afrique. C’est l’un des plus vieux pays du monde, dont l’histoire a commencé il y a des milliers d’années. Le pays est connu pour son riche héritage culturel et est souvent perçu comme le berceau de la civilisation humaine. On y a notamment trouvé le célèbre squelette de Lucy(Australopithecus afarensis), l’un des plus anciens squelettes hominidés jamais découverts, qui prouve l’existence de l’australopithèque dans la région, il y a 3,2 millions d’années.

L’histoire éthiopienne est marquée par les anciens royaumes qui se situaient sur l’actuel territoire du pays, notamment le Royaume d’Aksoum, particulièrement influent dans le commerce du Ier au VIIè siècle ap. J.-C.. Ses habitant·es comptaient parmi les premières personnes à adopter la religion chrétienne au IVè siècle, faisant de l’Ethiopie l’une des premières nations chrétiennes. 

L’Ethiopie est le seul pays africain à être resté indépendant lors du partage de l’Afrique et à ne pas être devenu une colonie européenne. La bataille d’Adoua en 1996, lors de laquelle les troupes éthiopiennes ont battu les envahisseurs italiens est un évènement important dans l’histoire africaine et un symbole de la résistance anticoloniale.

L’Ethiopie est un pays à la géographie très diversifiée composée de hauts plateaux et de basses terres. On y trouve également la célèbre vallée du Grand Rift, riche en sites archéologiques et paléontologiques, ainsi que le Nil Bleu, l’un des affluents majeurs du Nil. Son écosystème riche contient de nombreuses espèces d’animaux sauvages. Parmi celles-ci, on compte le loup éthiopien et le gélada (une espèce de singe ressemblant au babouin), des espèces endémiques au pays. 

L’Ethiopie moderne est une Nation multiethnique composée de plus de 80 langues et groupes ethniques. La langue officielle est l’amharique, mais on y parle également d’autres langues importantes comme l’oromo, le tigrinya ou le somali. Le pays possède un système de calendrier uniformisé et utilise le calendrier julien. On y fête le Nouvel An en septembre.

L’Ethiopie est riche en ressources naturelles qui jouent un rôle décisif pour l’économie et le développement du pays. Voici quelques unes de ses ressources principales : 

1.   Les surfaces agricoles : L’Ethiopie dispose de différents territoires agricoles où l’on produit notamment du café – l’un des principaux produits d’exportation, du teff, du blé ou du maïs.

2.   Les ressources naturelles : L’Ethiopie est riche en minéraux comme l’or, le carbonate de potassium, le tantale et différentes pierres précieuses. L’extraction d’or est devenue l’un des pans économiques les plus importants du pays. 

3.   Les ressources en eau : En Ethiopie, on trouve plusieurs grands fleuves, dont le Nil Bleu. Le grand barrage de la Renaissance, un projet de barrage sur le Nil Bleu devrait augmenter la production d’énergie hydroélectrique et faire de l’Ethiopie l’un des exportateurs d’électricité principaux de la région. 

4.   L’économie forestière : Bien que la déforestation constitue un problème pour le pays, l’Ethiopie dispose d’importantes ressources forestières, qui augmentent la biodiversité et permettent de produire du bois et d’autres produits.

5.   L’élevage : Celle-ci joue un rôle décisif pour l’économie éthiopienne, où l’on élève des bovins, des moutons, des chèvres et des chameaux pour la production de viande, de lait et de cuir.

6.   L’énergie géothermique: L’Ethiopie dispose d’un important potentiel géothermique, notamment dans la vallée du Grand Rift. Il s’agit là d’importantes ressources d’énergies renouvelables.

Ces ressources sont une source de développement économique pour le pays, mais constituent également un défi de taille pour une utilisation durable et la protection de l’environnement.

2. Les causes de l’instabilité politique

Malgré ses nombreuses richesses naturelles et culturelles, l’Ethiopie est confrontée à des conflits persistants qui entravent fortement la vie quotidienne de ses habitant·es et l’utilisation des ressources naturelles. L’instabilité politique éthiopienne, grand problème de ces dernières années, est le résultat de la combinaison d’un certain nombre de facteurs historiques, ethniques et économiques. Voici quelques points importants :

Les tensions ethniques

Plus de 80 groupes ethniques différents vivent en Ethiopie et l’identité ethnique du pays joue un rôle prépondérant dans sa politique. Le système fédéral introduit dans les années 1990 avait pour but de permettre l’autonomie ethnique des régions. Il a toutefois également renforcé le nationalisme ethnique et la concurrence pour les ressources et le pouvoir politique. Les tensions se sont souvent transformées en violence et ont provoqué des affrontements entre différents groupes ethniques.

Le conflit dans les régions du Tigray et d’Amhara

Le conflit le plus récent a éclaté en novembre 2020, lorsque le gouvernement éthiopien a mené une offensive militaire contre le parti au pouvoir dans la région du Tigray, la People’s Liberation Front  (TPLF), et ce sous la direction du Premier ministre Abiy Ahmed. Le conflit a provoqué une crise humanitaire de grande envergure. Tant des combattants du TPLF, tant les troupes gouvernementales auraient commis des actes exécrables. Des milliers de personnes sont mortes à cause de la guerre et des millions ont dû fuir. Dans la région d’Amhara, le conflit continue. Là aussi, des milliers de personnes sont mortes ou ont dû fuir.

Répression politique et protestations

La répression politique est un thème récurrent dans l’histoire récente du pays. Au début, le programme réformiste d’Abiy Ahmed était source de grande popularité pour le Premier ministre. Avec le temps, une certaine désillusion s’est toutefois installée et les protestations contre la répression politique, la violence ethnique et les problèmes économiques ont pris de l’ampleur. Le gouvernement a réagi avec beaucoup de fermeté contre les avis contraires, ce qui a provoqué encore plus d’instabilité et de protestations.

L’impact des facteurs extérieurs

La situation politique en Ethiopie a également été influencée par des facteurs extérieurs, notamment par des tensions avec ses pays voisins. Les divergences au sujet du GERD ont par exemple entaché les relations du pays avec l’Egypte et le Soudan et rendu le paysage politique éthiopien plus compliqué.

Crise humanitaire

Les conflits incessants ont provoqué d’importants défis humanitaires. Des millions d’Ethiopien·nes sont victimes d’insécurité alimentaire ou de déplacements forcés et n’ont pas accès à des services de base. Copte tenu de la situation sécuritaire et des obstacles bureaucratiques, les organisations internationales peinent à aider la population.

Développements récents

Fin 2022, le gouvernement éthiopien a signé un accord de paix avec le TPLF, un pas important dans la résolution du conflit au Tigray. Les tensions ethniques et l’instabilité politique perdurent toutefois et on observe toujours des actes de violence dans les régions d’Oromia et d’Amhara.

Perspectives

L’avenir de la stabilité politique éthiopienne dépend de plusieurs éléments. Les tensions entre les différents groupes ethniques doivent être résolues, une approche plus intégrative du travail gouvernemental doit être encouragée ainsi que les violations des droits humains sanctionnées. La poursuite de l’engagement international, mais aussi le soutien de mesures amenant la paix seront décisifs pour la promotion et la stabilité dans la région. 

Le paysage politique éthiopien est complexe et les mouvements, ainsi que les développements actuels auront une grande influence sur la stabilité du pays durant les prochaines années.

Il faut certes reconnaître que l’Ethiopie est également confrontée à des facteurs d’instabilité économiques et sociaux. Or, l’instabilité politique est un facteur important qui entrave la protection de l’environnement, mais également la stabilité économique et sociale. Il est donc important de comprendre pourquoi l’instabilité politique menace la protection de l’environnement. 

Comment l’instabilité politique menace-t-elle l’efficacité des mesures de protection de l’environnement ?

Une direction et une mise en oeuvre faibles mènent souvent à une politique environnementale faible.
Des gouvernements impliqués dans des conflits ou pris dans un changement ne veulent ou ne peuvent pas mettre en oeuvre une législation de protection environnementale. Les ressources naturelles sont donc moins bien protégées contre l’exploitation, comme c’est le cas au nord de l’Ethiopie, c’est-à-dire dans le Tigray, l’Amahra ou dans l’ouest du pays.

Les priorités changent

En périodes de crises politiques, la protecttion de l’environnement est souvent reléguée au second pla par des enjeux plus immédiats, notamment le maintien de la sécurité ou la gestion de crises économiques. En Ethiopie par exemple, des millions de dollars sont actuellement dépensés pour l’achat de drones qui devraient être utilisés dans les territoires en conflit.

Corruption et mauvaise gestion

L’instabilité politique mène souvent à la corruption. Des activités comme le déboisement ou l’extraction minière illégaux, mais également d’autres activités nuisibles pour l’environnement peuvent se développer de manière incontrôlée.

Territoires en conflits

Les écosystèmes des territoires en conflit sont fortement mis à mal par ces derniers. On notera par exemple la dégradation des sols, la destruction d’espaces de vie et la pollution provoquée par des activités militaires ou par le sabotage d’infrastructures. En Ethiopie, le nord, certaines parties de l’est et de l’ouest du pays sont aujourd’hui devenus des zones de conflit. 

Conclusion

Le gouvernement actuel prétend s’engager activement pour le reboisement et a annoncé qu’il avait planté plus de 10 milliards de jeunes pousses d’arbres au cours des six dernières années, ce en mobilisant des ressources humaines et financières. En réalité, il est très difficile de maintenir ces efforts si l’on n’aborde pas l’instabilité politique et les conflits incessants dans les différentes régions du pays. Le gouvernement doit relever ce défi et trouver de véritables solutions contre l’instabilité politique. Pour une paix et un développement durables, il est essentiel de s’attaquer aux causes de l’instabilité, ce qui inclut les injustices historiques, les tensions entre groupes ethniques et les inégalités économiques. 

Recommandations

1.   Dialogue et médiation : il faut lancer un dialogue à grande échelle entre les différentes parties prenantes. Ceux-ci doivent inclure des représentants gouvernementaux, des groupes d’opposition et la société civile. Ainsi, ces différent·es acteurs·ices se comprendront mieux et pourront développer un concept pour la résolution du conflit.

2.   Renforcement des institutions : il faut encourager les investissements dans le renforcement des institutions démocratiques et dans les conditions cadre du gouvernement. Cela renforcera la transparence, la responsabilité et l’Etat de droit. Ainsi, les tensions pourront être résolues et la confiance reconstruite.

3.   L’engagement de la société : les communautés locales doivent être renforcées, ce notamment en les incluant dans la prise de décision en lien avec la résolution de conflits et les initiatives de développement. Cela renforcera la cohésion sociale et augmentera la résilience.

4.   Développement économique: en misant sur des initiatives de développement juste, on peut s’attaquer aux causes de l’instabilité. Par ailleurs, cela permet de créer des emplois et de distribuer les ressources, réduisant ce faisant les inégalités et encourageant la stabilité sociale. 

5.   Protection de l’environnement : la protection de l’environnement permet une gestion durable des ressources. Ainsi la concurrence pour des ressources rares, souvent source de conflits, sera moins acharnée.

6.   Soutien international : l’Ethiopie devrait chercher le soutien d’organisations et de partenaires internationaux. La confiance pourra ainsi s’instaurer grâce à la médiation, les ressources et les connaissances des différentes parties prenantes, ce qui encouragera la paix. 

En mettant en oeuvre ces recommandations, les pays confrontés à l’instabilité politique pourront faire un pas vers un avenir plus pacifique et prospère. Il est essentiel d’instaurer un dialogue pour aborder ces questions. Ainsi la protection de l’environnement pourra être renforcée et le bien-être des générations futures le sera également.

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