L’objectif affiché de la modification de la loi sur le matériel de guerre est d’intégrer encore davantage les entreprises d’armement suisses à l’industrie internationale de l’armement. Un nouveau livre montre en détail comment cette industrie profite des conflits et contribue à les attiser.
Andreas Weibel
Shimaa a 33 ans. Lorsqu’une bombe frappe sa maison à Gaza, elle perd son mari, deux de ses trois enfants et son beau-père. De nombreux autres membres de sa famille, qui avaient trouvé refuge chez elle, sont également tués. Shimaa elle-même est grièvement blessée. Tous les hôpitaux étant débordés, ce sont ses proches qui la soignent.
Mohamed Yehia Muzayid vit à deux mille kilomètres de là, à Mastaba, au Yémen. Il travaillait comme balayeur au marché alimentaire local. Lorsque la première bombe tombe, il tente de venir en aide aux personnes blessées. Cinq minutes plus tard, une seconde bombe frappe. Il s’enfuit pour sauver sa vie.
Lors du bombardement du marché, l’aviation saoudienne tue 97 personnes qui ne participaient pas aux combats. Parmi elles, deux sœurs de Mohamed et leurs enfants.
Les ogives de 2000 livres qui ont frappé le marché de Mastaba étaient des bombes Mk-84 fabriquées aux États-Unis. La bombe qui a détruit la maison de Shimaa à Gaza était elle aussi de ce type.
Le Britannique Andrew Feinstein est l’un des experts les plus connus du commerce mondial des armes. Son livre The Shadow World: Inside the Global Arms Trade (Le monde de l’ombre : au cœur du commerce mondial des armes, titre non publié en français) est considéré comme une référence sur le sujet.
Avec Jack Cinamon et Ruth Rohde, il publie Making a Killing: How the West Profits From Slaughter in Gaza and Yemen (Faire fortune : comment l’Occident profite des massacres à Gaza et au Yémen, titre non publié en français). Le livre dévoile les réseaux cachés qui relient l’Occident aux destructions brutales causées par les guerres au Moyen-Orient.
Le rôle de la Suisse
À partir de témoignages recueillis directement sur le terrain, le livre suit la trace de l’argent du sang qui transite par Londres, Washington et les capitales européennes. Il retrace aussi le parcours des armes qui sèment la violence et la souffrance au Yémen et dans la bande de Gaza. Cette enquête minutieuse montre comment des gouvernements occidentaux enfreignent systématiquement leurs propres lois pour alimenter des génocides. Elle décrit aussi un système de portes tournantes qui permet à des responsables politiques, militaires et économiques de s’enrichir tout en sapant le droit international.
La Suisse n’occupe pas une place centrale dans le livre. Elle est néanmoins impliquée de différentes manières, notamment par des services logistiques et financiers. Elle fournit également des biens à double usage, comme des antennes.Pour l’heure, la loi sur le matériel de guerre interdit encore les livraisons d’armes suisses aux belligérants au Moyen-Orient. Les certificats d’utilisateur final empêchent également les opérations de contournement. Mais l’industrie suisse de l’armement cherche depuis longtemps à changer la donne. Elle veut s’intégrer davantage aux chaînes de production mondiales du matériel de guerre. Et ainsi profiter encore davantage de la guerre, de la mort et de la destruction.
À nous de faire barrage le 29 novembre.
