Aux États-Unis, le nombre de personnes prêtes à refuser le service militaire augmente, selon une organisation engagée sur cette question. Dans le même temps, l’administration Trump tente de restreindre ces possibilités. JONAS HEEB
Depuis 1973, la conscription obligatoire est suspendue aux États-Unis. L’armée américaine repose sur le volontariat. Cet engagement s’accompagne souvent d’avantages attractifs. Pour beaucoup, c’est un facteur décisif. Mais de plus en plus de militaires regrettent ce choix. Quitter l’armée reste difficile. Le Center on Conscience and War (CCW) fait état d’un afflux massif d’adhésions et de prises de contact, avec une hausse de près de 1’000 %. Cette organisation américaine à but non lucratif s’oppose à la conscription et soutient les objecteurs de conscience, appelés « conscientious objectors » (CO). Les militaires ont le droit d’engager une procédure pour être libérés de leurs obligations en raison d’un conflit de conscience. La démarche est longue et éprouvante. Elle exige de la persévérance. Malgré cela, de plus en plus de soldats américains s’y engagent. Contrairement à la guerre en Irak en 2003, la peur de mourir au combat n’est plus centrale. Ce qui pèse davantage, c’est le refus de devoir tuer dans une guerre que l’on ne soutient pas. Les CO restent une infime minorité au sein de l’armée américaine. Le CCW souligne qu’une grande partie des militaires ignore probablement l’existence de ce droit. Cette hausse marque néanmoins une évolution positive. Des personnes actives depuis des décennies au sein de l’organisation disent n’avoir jamais observé une telle situation.
Mais le gouvernement prépare aussi des contre-mesures.
Tout le monde sera enregistré
Début 2026, une nouvelle disposition a été adoptée. Elle rend pratiquement impossible une autre forme de refus. Car même si la conscription n’est plus appliquée, tous les hommes doivent s’enregistrer auprès de l’armée après leurs 18 ans. Ils sont ainsi intégrés à une vaste base de données. Cette base est utilisée en cas de « draft », c’est-à-dire lors d’une mobilisation pour une guerre. Des hommes sont alors tirés au sort et appelés à servir. L’activation du draft relève du Congrès. Elle n’a plus été utilisée depuis la guerre du Vietnam.
Certains jeunes refusaient de s’enregistrer comme acte de désobéissance civile. C’est une infraction pénale. Dans les faits, elle était peu poursuivie. En théorie, elle peut entraîner jusqu’à cinq ans de prison et 250 000 dollars d’amende.
Cette forme de refus ne sera désormais plus possible. L’enregistrement ne dépend plus de l’individu. Il sera effectué automatiquement par l’État, à partir de différents registres, notamment fiscaux ou liés au permis de conduire. Dans les faits, tous les hommes aux États-Unis deviennent ainsi potentiellement mobilisables. Trump cherche à renforcer encore la puissance militaire du pays. Dans un contexte marqué par des tensions et son imprévisibilité, un recours au draft paraît moins improbable. Par ailleurs, l’exigence d’une approbation du Congrès ne l’a que rarement freiné. Rappelons que Trump lui-même a échappé à cinq reprises à un engagement au Vietnam grâce à des certificats médicaux et des attestations d’études. Il est toujours plus simple d’envoyer d’autres personnes faire la guerre loin de chez soir quand on n’a pas à y aller soi-même.
