Depuis plusieurs années, le Conseil fédéral et le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) poussent à accroître la participation des femmes dans l’armée, avec l’objectif d’augmenter la part de femmes dans l’armée jusqu’à 10 % des effectifs. Cela se met notamment en place avec l’introduction d’une journée d’information obligatoire pour toutes les femmes. Dans ce contexte, il est essentiel que le GSsA ait une position claire sur la question de l’implication des femmes dans la militarisation actuelle.
La sécurité ne se construit pas via l’armement, mais par la justice sociale et climatique, la coopération internationale, la prévention des conflits et l’égalité des genres. En cherchant à intensifier l’intégration des femmes dans l’appareil militaire suisse, notamment par des mesures comme la journée d’information obligatoire pour toutes les femmes et les discussions politiques récentes autour d’un service citoyen ou d’une éventuelle extension de l’obligation de servir à toutes et tous, le Conseil fédéral en prend la direction inverse. Il en va de même pour l’assouplissement de la loi sur le matériel de guerre, permettant à la Suisse de contribuer encore davantage aux guerres à travers le monde, dont les femmes font douloureusement les frais. Ces évolutions s’inscrivent dans une logique de militarisation de la société et de renforcement de l’armée plutôt que dans une démarche d’égalité réelle.
Journée d’information obligatoire et extension du service militaire.
Cette mesure n’est pas un acte d’égalité mais constitue un premier pas vers une extension de l’obligation de servir pour les femmes, déjà inscrite dans des options politiques visant à fusionner ou repenser le service civil pour inclure des obligations militaires ou quasi-militaires.
La sécurité n’est pas militaire
Le GSsA a clairement dénoncé les tentatives du Conseil fédéral et du DDPS de focaliser la sécurité sur l’armée et la militarisation, tout en dévalorisant le travail de care et l’apport non militaire fondamental des femmes à la société. Le GSsA demande depuis des années qu’une analyse soit faite, afin d’éviter que la sécurité ne soit toujours comprise qu’en termes militaires. Les coupes budgétaires dans tous les domaines de la formation, de la santé ou de la coopération internationale contribuent à une insécurité croissante. De plus, ces politiques d’austérité, invoquées directement pour le renforcement de l’armée, affectent des domaines où les femmes sont souvent en première ligne, impactant donc concrètement leur sécurité. Acheter des jets de combat ne contribue pas à la sécurité. Le réarmement mène directement à des conflits ouverts, et ferme les portes à toutes les possibilités de résolution des conflits qui soient basées sur la diplomatie.
Sexisme systémique à l’armée
L’armée suisse est profondément imprégnée d’une culture patriarcale, marquée par des discriminations et une violence sexualisée structurelle qui fait que de nombreuses femmes y subissent des comportements sexistes et des violences, comme le montrait le récent rapport sur les violences sexistes et sexuelles au sein de l’armée. (SOURCE) Une vraie sécurité doit d’abord garantir l’égalité des droits sans imposer des obligations dans un système militarisé.
Dans un contexte de montée en puissance de l’idéologie masculiniste, l’armée constitue un lieu privilégié de diffusion de ces idées qui mettent les femmes et les minorités de genre en danger au quotidien. Penser que l’armée pourrait être transformée et améliorée par l’intégration des femmes en son sein, c’est faire porter à ces dernières la tâche de «réparer» une institution structurellement problématique. Nous nous opposons à toute réforme de l’armée sur le dos des minorités, le seul horizon souhaitable reste son abolition pure et simple.
Les femmes, victimes des guerres avec des armes suisses
Les femmes sont disproportionnellement affectées par les conflits armés dans le monde, notamment par la faim, les déplacements forcés, la violence basée sur le genre et les violations des droits humains, comme au Soudan, à Gaza ou dans d’autres zones de conflits récents, où elles vivent des privations de nourriture, le risque d’abus et des menaces multiples sur leur sécurité et leurs vies. Malgré l’interdiction en droit suisse d’exporter des armes vers des zones de guerre, des entreprises suisses continuent de vendre des composants militaires à des partenaires qui alimentent des conflits. De plus, des réformes récentes visent à assouplir les règles d’exportation de matériel de guerre, augmentant ainsi le risque que des armes suisses se retrouvent indirectement dans des zones de conflits.
Le GSsA réaffirme donc :
- Que l’égalité de genre ne peut pas être atteinte par une intégration accrue dans un appareil militaire : l’armée n’est pas un vecteur d’égalité, mais une institution fondée sur l’ordre hiérarchique, la violence légitimée et des pratiques souvent discriminatoires envers les femmes.
- Que la sécurité ne peut être réduite à la logique militariste et que les femmes ne doivent pas être instrumentalisées pour renforcer un appareil militaire patriarcal et violent.
- Que la promotion d’une sécurité féministe nécessite des politiques non-militarisées : accès à l’éducation, droits sociaux, protection contre les violences sexistes, soutien économique et sanitaire, désarmement, lutte contre les racines socio-économiques des conflits.
- Que les mesures visant à élargir le service obligatoire — militaire ou citoyen — doivent être combattues. L’égalité doit être atteinte en développant des politiques sociales, et non militaires.
Qu’aucun assouplissement de la loi sur le matériel de guerre ne soit adopté, afin d’empêcher toute contribution indirecte à des conflits et garantir que les produits suisses ne servent pas à perpétuer des violences contre les femmes ou des populations civiles est urgent et nécessaire.
