Un combat réussi pour des sanctions contre Poutine

Le Conseil fédéral a, pour une fois, pris la bonne décision. Pourquoi les médias le passent-ils sous silence ? JOSEF LANG

Le 24 mars 2026, le GSsA, aux côtés de l’Alternative verte zougoise, a organisé sa cinquième manifestation en faveur de sanctions contre le gaz naturel liquéfié russe et contre sa principale entreprise, Novatek, basée à Zoug. Au cours des quatre années de guerre, Novatek a généré plus de 40 milliards de dollars pour l’économie de guerre russe. Plus de 12 milliards de dollars ont été directement reversés, sous forme d’impôts sur les bénéfices, dans la caisse de guerre de Poutine. Une telle somme permet d’acquérir quelque 336’000 drones d’attaque de type Shahed, de fabrication iranienne. Le lendemain, le 25 mars, le Conseil fédéral a finalement décidé de mettre fin à ce flux financier vers la caisse de guerre de Poutine.

Le Conseil fédéral s’est appuyé, dans sa décision, sur le 19e paquet de sanctions de l’Union européenne (UE), qui comble la principale lacune : le gaz naturel liquéfié (GNL) russe. Qu’il ait fallu quatre ans pour que l’UE mette fin à l’alimentation de la caisse de guerre de Poutine par l’achat de ce gaz est un scandale. La principale responsabilité en incombe à la France, dont le géant énergétique Total détient une participation de 20 % dans l’exploitation de gaz liquéfié en Sibérie orientale. L’Allemagne, qui s’était rendue extrêmement dépendante du gaz russe, a suivi dans le sillage d’Emmanuel Macron.

Notre pression a été décisive

Si l’Union européenne a finalement infléchi sa position, c’est grâce à la pression exercée par l’Ukraine et les Verts européens. Ceux-ci avaient vivement dénoncé, en décembre 2024, la participation de Novatek, basée à Zoug, au World LNG Summit à Berlin.

Que le Conseil fédéral reprenne l’interdiction du gaz naturel liquéfié est tout sauf évident. Il y a deux ans encore, il rejetait l’idée d’appliquer les sanctions également aux filiales étrangères de groupes de matières premières basés en Suisse. Si le Conseil fédéral s’aligne aujourd’hui sur des sanctions visant Novatek, c’est aussi grâce à l’engagement du GSsA et de l’Alternative verte zougoise. Grâce à une campagne de deux ans, appuyée par des interventions au Conseil national, nous avons exercé une pression considérable. Ainsi, la conseillère nationale zougoise Manuela Weichelt a proposé, dans une interpellation du 13 mars 2025, d’introduire si nécessaire des « sanctions autonomes contre le gaz liquéfié et Novatek ». Dans sa réponse du 14 mai 2025, le Conseil fédéral a certes refusé toute « initiative unilatérale », mais il s’est engagé à s’aligner sur les sanctions de l’UE.

Viser le pacifisme plutôt que le capitalisme

Pourquoi les médias ont-ils manqué l’occasion de saluer un Conseil fédéral pourtant malmené lorsqu’il prend enfin une décision juste ? Il n’y a qu’une réponse valable : pourquoi mettraient-ils en avant l’introduction de sanctions contre le GNL     , après avoir passé sous silence leur absence pendant quatre années de guerre ?

Parmi les grands quotidiens, seuls les journaux du groupe CH Media ont traité sérieusement de l’alimentation de la caisse de guerre de Poutine par le gaz liquéfié de Novatek. La télévision suisse a elle aussi consacré un reportage à cette entreprise russe basée à Zoug. Mais le fait que près de dix milliards affluaient chaque année vers la Russie aurait mérité bien davantage d’attention. La WOZ, Republik et Zentralplus ont également fait leur travail journalistique. On peine à comprendre pourquoi la plupart des médias ont accordé bien plus de place aux 12’400 cartouches suisses que l’Allemagne n’a pas été autorisée à réexporter à l’Ukraine. Dans le même temps, les centaines de milliers de drones Shahed que la Russie a pu acquérir grâce aux impôts sur les bénéfices versés par Novatek ont suscité bien moins d’attention. Cette question en soulève une autre, au moins en partie : qu’est-ce qui demande le plus de courage, viser le pacifisme ou s’attaquer au capitalisme ?

Du côté de la politique officielle aussi, on observe une indifférence persistante face à l’alimentation de la caisse de guerre de Poutine et au financement de sa machine de guerre. Que certain·es responsables politiques et acteur·rices des médias puissent occulter le fait que la Russie mène aussi sa guerre grâce à des fonds et des biens en provenance de Suisse, tout en se présentant comme des « amis de l’Ukraine », reste une énigme.