Un pas vers le désarmement nucléaire

Une avancée en matière de désarmement nucléaire de la part de la Suisse serait également importante pour l’Italie, car l’objectif et le chemin à suivre sont mondiaux. FRANCESCO VIGNARCA – Direction exécutive du Réseau italien Paix et Désarmement

Les trois dernières années ont non seulement conduit à une augmentation grave et dramatique des conflits et des guerres dans le monde, mais elles ont aussi remis explicitement l’usage de la menace nucléaire au cœur du débat politique international. Cela montre clairement que le problème ne pourra être résolu de manière définitive que par une interdiction totale de ces armes.

Cette nouvelle situation doit nous pousser à multiplier nos efforts, tant en matière de sensibilisation et d’information qu’en matière de pression sur les gouvernements pour qu’ils s’engagent concrètement sur la voie du désarmement. Dans cette perspective, il est crucial de se concentrer sur l’extension de la ratification du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN). Il est certain que nous avons devant nous un chemin difficile et exigeant, car un grand nombre d’États non dotés d’armes nucléaires ont déjà signé ou ratifié le TIAN. Il est donc temps d’essayer d’impliquer dans le processus ceux (même seulement par une coopération initiale sur les obligations positives du traité) qui se trouvent d’une manière ou d’une autre sous le parapluie d’arsenaux nucléaires.

Puisqu’il s’agit, comme déjà mentionné, d’un chemin « mondial » (aussi en raison de la nature structurelle du désarmement nucléaire, qui doit être réalisé de manière conjointe, coordonnée et contrôlée), on ne peut pas se contenter d’examiner la situation spécifique d’un seul pays. Il faut au contraire considérer de manière stratégique et fonctionnelle l’échange permanent entre différents États et l’influence positive que les résultats obtenus dans un pays peuvent avoir sur les activités de désarmement nucléaire dans un autre. En Europe, nous en avons déjà fait l’expérience, par exemple avec des motions parlementaires visant à promouvoir l’adhésion au TIAN, ou avec la création de commissions chargées d’examiner et d’étudier la question.

Je suis convaincu qu’à l’avenir, la réduction ou la suppression de la politique de « participation nucléaire » dans des pays comme l’Italie ou l’Allemagne sera à l’avenir un élément réellement décisif sur le chemin de la dénucléarisation du continent européen tout entier. En ce sens, l’adhésion de la Suisse au TIAN ou sa ratification pourrait certainement avoir un effet domino extrêmement positif, même et surtout du point de vue italien. Pour trois raisons principales : 

Premièrement, l’Italie entretient des relations directes avec la Suisse. Et la Confédération suisse est perçue comme un modèle d’efficacité et de fiabilité dans les relations internationales, de sorte qu’une telle décision serait certainement examinée et prise en considération. Elle contribuerait à déconstruire le mythe selon lequel la demande de désarmement ne serait qu’un rêve « naïf » de quelques idéalistes : si la Suisse s’y engage, c’est que c’est une « affaire sérieuse ».

La deuxième raison tient au fait que la Suisse incarne depuis toujours l’idée d’un pays neutre, qui pour autant ne renonce ni au désarmement ni à sa sécurité. Une adhésion au TIAN constituerait donc un signe fort montrant que l’abolition des armes nucléaires ne rend ni plus faible ni plus vulnérable, bien au contraire, elle élimine un risque de conflit impossible à gérer.

Enfin, la dernière raison, et sans doute la plus importante, est que la Suisse est universellement reconnue comme un pays modèle et un symbole de l’approche humanitaire et du droit international. Une ratification du TIAN par la Suisse aurait donc à coup sûr un impact positif, y compris médiatique et politique, et nous fournirait en Italie de nouveaux arguments pour pousser notre gouvernement à suivre le même chemin. Car cela refermerait aussi, la boucle de « l’Initiative humanitaire », qui a constitué le fondement de toutes les actions d’ICAN et du chemin ayant mené au TIAN, une initiative à laquelle la Suisse a activement participé.

Il est temps d’achever ce travail !