Un revirement provoqué par la soif de réarmement

L’Allemagne va suspendre son frein à l’endettement au profit, entre autres, du réarmement. Une démarche qui a déjà été proposée dans ce pays. La CDU montre ici son visage le plus opportuniste et, une fois de plus, joue à la girouette.

Le Bundestag allemand a pris en mars une décision historique : le frein à l’endettement est assoupli en faveur de l’armement et des infrastructures, et même suspendu pour la défense. Historique parce que pour beaucoup, le frein à l’endettement est aussi sacré en Allemagne que dans notre pays. Lors de la campagne électorale précédant les dernières élections fédérales, la CDU défendait encore le frein à l’endettement. On constate donc une dynamique similaire à celle de la Suisse : lorsqu’il s’agit de s’armer, tous les moyens sont bons et les règles du jeu actuelles ne sont plus valables. Si l’on voulait suspendre le frein à l’endettement pour la crise climatique – la plus grande menace pour l’humanité -, cela n’obtiendrait jamais une majorité. Il est intéressant de noter que ce sont les Verts qui ont demandé un assouplissement du frein à l’endettement en faveur des infrastructures, de la protection du climat et de la défense. Lors de la campagne électorale, il y a quelques mois à peine, le chancelier élu Friedrich Merz* a vivement critiqué le SPD et les Verts, leur reprochant de ne pas savoir gérer l’argent et de n’accumuler que des dettes. C’est exactement ce dont il est aujourd’hui personnellement responsable.

Peu après les élections, la CDU s’est réunie avec le SPD et a élaboré un plan visant à contourner le frein à l’endettement. Bien que la proposition qui vient d’être adoptée émanait à l’origine des Verts, personne n’a jugé nécessaire d’impliquer le parti dans les discussions. C’est d’autant plus absurde que la CDU et le SPD savaient pertinemment qu’ils dépendraient des Verts en raison de la majorité des deux tiers requise. Furieux que le mot climat n’apparaisse même pas dans la proposition de la CDU et du SPD, ces derniers ont légitimement fait preuve de ténacité dans les négociations pour obtenir leur accord et obtenir des améliorations centrales du paquet : la protection du climat a été intégrée, de plus, le terme « défense » a été étendu des chars à des domaines importants comme la protection civile, la cybersécurité ou le renseignement.

Une fois l’accord des Verts assuré, Merz s’est soudain montré très élogieux à leur égard. Il les a même félicités d’avoir proposé un tel paquet avant lui, ce qui n’est pas rien. Il est également à noter que ce serait, selon lui, le courant pro-russe ainsi que l’imprévisibilité de Trump — et donc des États-Unis — qui auraient poussé Merz à ce revirement. Dans le même temps, la CDU souhaite maintenir l’acquisition du chasseur F-35. Nul besoin d’essayer de comprendre.

*Note : lorsque cet article a été écrit, Friedrich Merz n’avait pas encore officiellement prêté serment.